Iftars bouletologiques

création de performances sur une commande de l'Institut des cultures d'Islam, établissement culturel de la ville de Paris.

Le Collège de Boulettologie Moderne a accepté d'assurer la direction artistique de huit mises en situation gustatives contemporaines uniques, inspirées de la gastronomie arabo-andalouse du XIIe siècle. Ce point de vue artistique décloisonné sur la rupture du jeûne du ramadan, nommé ici "Iftars boulettologiques", entre parfaitement dans les centres d'intérêts de la Boulettologie Moderne : rapprochement des hommes et des cultures, s'interroger sur l'acte de se nourrir et de la façon dont on se nourrit, l'ouverture aux cultures et, enfin, la nécessité de réfléchir à une interprétation esthétique et symbolique de ce moment fort.

La période culinaire choisie, entre le XIe et le XIIIe siècle, est marquée par la multiplication des échanges - notamment artistiques et culinaires - entre trois continents : l'Europe, l'Afrique, l'Asie. La présence musulmane en Espagne est alors à son apogée. Cette époque est aussi et surtout celle de la rencontre entre les cultures chrétienne, romaine, arabe et perse. Sur le plan de l’alimentation, les Arabes vont apporter des fruits et des légumes (aubergine et pastèque venues de Perse et du Yémen, épinard du Népal, myrobolan de l’Inde…)
et surtout enseigner à leurs voisins comment les cultiver. Là encore, le brassage est présent puisque quand l’empereur de Byzance envoie à Cordoue le traité de botanique du Grec Dioscoride, il faut pour le traduire, l’association d’un moine chrétien connaissant le grec ancien, d’un philosophe arabe et d’un médecin juif. La société construite par les musulmans jusqu’au XVe siècle est alors une société de tolérance, dans laquelle se côtoient juifs, musulmans, chrétiens et Slaves.

Faire revivre ces plats et ces traditions culinaires, c’est faire revivre une partie de l’histoire de l’Europe et des hommes qui ont contribué à son ouverture. Le déroulement des "Iftars boulettologiques" propose à chaque mangeur, musulman ou non, de s’interroger organiquement sur la symbolique de la rupture du jeûne. Après l’introspection qu’oblige la privation de nourriture, manger est un retour à son corps, à une réalité terrestre ; être vivant parmi d’autres êtres vivants, de chair et de désir.

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