Joëlle Mignot, Psychologue sexologue clinicienne, invitée de la Boulettologie MOderne #2

 

Éloge de la boulette !

Si je ne me trompe, l’erreur est humaine. Et pourtant, quelle difficulté souvent à l’accepter ! Qu’elle nous incombe ou qu’elle soit le fait de l’autre, elle nous renvoie toujours à la faute. C’est en cela qu’elle est révélatrice de notre rapport au monde. Il y a ceux pour lesquels il est plus facile de souligner l’erreur de l’autre que la leur propre, ceux qui n’acceptent pas de la reconnaître en eux-mêmes préférant la projeter sur le voisin, ceux qui s’accrochent comme à un os aux détails négatifs, qui en jouissent parfois, pointant le doigt du jugement, aveuglés qu’ils sont par leur propre faille, incapable d’accepter leurs imperfections, plus exigeants avec les autres qu’avec eux-mêmes. Terribles… Et puis il y a les sévères, ceux qui sont pétris de culpabilité, le dos courbé et la vue basse, qui rasent les murs et parfois s’y confondent, ceux qui portent fondamentalement la Faute et ne manquent pas de susciter la compassion dans un « mais ce n’est pas de ta faute ! ». La faute à qui alors ? Il y a aussi les peureux et les angoissés ceux qui n’acceptent aucune responsabilité par peur d’être pris en défaut.

Qu’elle prenne la forme du péché pour les croyants, du délit ou de l’infraction pour les juges, de la transgression pour les psys, elle se décline toujours face à la Loi, pour certains loi des hommes, pour d’autres loi de Dieu. Les grecs anciens n’avaient d’ailleurs pas de mot pour dire péché et la faute (amarthêma) renvoyait au ratage de la cible, l’homme fautif étant celui qui était, en fait, un mauvais archer.

Le fait est que nous en faisons tous, des boulettes ! Parfois même, sans vouloir faire une bévue, nous mettons les pieds dans le plat et nous voilà partis pour la gaffe ! Par incompétence ou par maladresse, par sadisme ou masochisme refoulé ou par ignorance, quand la boulette se pointe, l’inconscient n’est pas loin. Freud appelait certaines boulettes « actes manqués » ou encore « passage à l’acte ». La boulette a pour lit le Surmoi. Mais encore une fois, nous n’avons pas la même relation à nos boulettes qu’à celles des autres ! C’est d’ailleurs la racine même du reproche, cette projection de nous-même, donneur de leçon qui, secrètement, espère l’impossible : changer l’autre… (Plutôt que de se changer soi !).

Alors lorsque nous pétrissons à la main cette petite masse molle avec ce mouvement répétitif de malaxage, mélange d’ingrédients finement moulinés dans un geste de réunification, tentant de la rendre la plus ronde possible, ne sommes-nous pas entrain de nous interroger sur nos erreurs en tentant de tirer les leçons de notre ignorance ? Si c’est cela, faisons des boulettes comme ces sculpteurs qui en montant leur œuvre « à la boulette » agglomèrent les petites boules de terre à modeler les unes aux autres en évitant de laisser des poches d’air qui risqueraient de faire éclater la sculpture lors de la cuisson.

Joëlle Mignot Psychologue sexologue clinicienne

Depuis 25 ans, psychologue spécialisé en sexologie clinique et en hypnose thérapeutique. Egalement responsable d'enseignement du diplôme inter-universitaire (D.I.U.) de sexologie à la Faculté de Médecine de Paris 13 - Bobigny. Auteur de : "Parole de divan", Éditions de l'Harmattan, "Carnet de recettes pour deux d'une femme amoureuse" Editions MANGO 2006, Rédactrice en chef de la revue Sexualités Humaines, "Empreinte, sexualité et création"Éditions de l'Harmattan, Chroniqueuse dans la revue "Hypnose et Thérapie brève".

Liens :

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http://www.revue-hypnose-therapies-breves.com